Vivre sur le front à Cité Soleil

Vivre sur le front à Cité Soleil

Depuis 5 jours, la commune de Cité Soleil, dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, vit au rythme des cartouches tirées à tort et à travers par les gangs armés qui se battent pour le contrôle de territoire.

En effet, les gangs des quartiers de Boston et de Belekou aidés par leurs alliés du G9 se battent contre le gang de « Brooklin » qui de son coté, s’allie au gang des 400 Mawozo de la plaine du Cul-de-Sac et du Village de Dieu et du Bel-air pour une guerre sans merci.

Selon le Maire de la commune Joël Janéus, au moins une cinquantaine de morts et une centaine de blessés ont été déjà enregistrés.

Pour mieux asphyxier le gang de « Nan Brooklin » qui opère au contrebas, les hommes du G9 qui contrôlent l’entrée du plus grand bidonville du pays,  imposent un blocus sans pareil, privant ainsi les habitants de « Nan Brooklin » de tout, témoigne Roseline (Nom d’emprunt), une habitante de cette zone qui dit avoir déjà passé trois jours sans se laver à cause d’un manque criant d’eau dans la zone.

« On ne laisse traverser ni les camions d’eau, ni les camions de marchandises en direction du quartier de Brooklin », se plaint la jeune femme, coincée sur le front.

Outre le manque du nécessaire, les habitants de Cité-Soleil, vivent constamment sous le risque de se faire tuer ou d’assister au trépas d’un proche sous des balles perdues.

Roseline explique que les murs et la toiture en tôles de sa maison sont déjà troués de balles perdues. « Hier encore, j’ai trouvé une balle dans ma douche. Elle y était tombée pendant la nuit ».

Si aucun membre de la famille de Roseline qui est obligée de rester chez elle à longueur de journée, n’est pas parmi les victimes de cette guerre, c’est que les murs de la maison, faite de blocs, sont assez solides pour résister aux projectiles.

« Des balles perdues viennent souvent percuter le mur de la maison, certes, mais nous sommes protégés à l’intérieur. La grande menace est sur nos têtes puisque le toit est en tôles et des balles ne cessent de le percer », dévoile le jeune femme qui ne souhaite pas révéler la moindre information sur son identité.

Pour avoir été l’une des rares maisons construites en blocs au milieu des maisons de fortune, faites habituellement de tôles usées dans ce vaste bidonville, les voisins n’ont pas mis du temps à percevoir la maison de Roseline comme un « bunker » pouvant les aider à protéger leur peau contre les balles qui pleuvent sur la cité.

Conséquence : La maison qui ne comptait que 5 personnes avant les hostilités, regorge aujourd’hui d’une trentaine de personnes vivant dans la promiscuité, le manque de tout et le crépitement des armes.