Yonyon ou la decevante histoire d'amour entre un criminel et des autorités sans scrupule.

Yonyon ou la decevante histoire d’amour entre un criminel et des autorités sans scrupule.

Germine Joly, connu sous le sobriquet de Yonyon a été extradé le mardi 3 mai 2022 aux États-Unis d’amérique après une demande d’entraide judiciaire produite le 22 avril dernier par les autorités judiciaires américaines, selon une publication sur la page facebook de la police haïtienne, faite quelques heures après avoir confié le caïd à un avion spécial du FBI.

Aux États-Unis, le chef du gang des 400 mawozo doit répondre à des chefs d’accusation comme: complot et violation de la loi américaine sur la réforme du contrôle des exportations et  contrebande à partir des États-Unis, importation d’armes de guerre, enlèvement suivi de séquestration contre rançon de Citoyens Américains.

Écroué au pénitencier national depuis le 26 février 2021, au lendemain de l’invasion spectaculaire à la prison de la Croix-des-Bouquets,  Yonyon, dirigeait son gang et faisait la fête à l’intérieur du plus grand centre carceral du pays au vu et au su de tous, en violation des principes portant sur les conditions de détention en Haïti.

Marie Yolène Gille de la Fondation “ Je klere”, rappelle que mêmes les bijoux qu’exibait Yonyon lors de sa fête au pénitencier national est une violation des principes qui prohibent la présence de certains objets pouvant être utilisés comme armes à l’intérieur d’une prison.

Un lourd passé criminel

Le prisonnier extradé a été déja condamné à perpétuité par la justice haïtienne pour plusieurs chefs d’accusation dont: kiidnapping, viol, vol à main armée, assassinat, détention illégale d’armes à feu et association de malfaiteurs au préjudice d’une vingtaine de personnes.

En effet, en 2014, la police a mis la main au colet de Germine Joly. Il fait son entrée en prison le 21 octobre 2015 selon le porte parole de la PNH, Gary Desrosiers.

À l’époque, la majeure partie de la société ignorait cet homme qui pourtant, avait un lourd passé criminel.

Le 23 mai 2018, lors d’une assise criminelle sans assistance de jury, tenue au palais de justice de la Croix-des-Bouquets, le juge de siège avait  retenu la perpétuité contre Germine Joly.

La même condamnation a été reservée à ses complices, Evens Alsaint, Fito Charles, Rodrigue René, Mackenson Dorestan et James Jean-Pierre.

Depuis, quoique incarcéré, l’homme dirige son gang et planifie : kidnapping, vols et assassinat dans la société sous le regard impuissant ou nonchalant des autorités de l’État.

Traitement de faveur

Alors qu’il est condamné aux travaux forcés, en prison Yonyon, se comporte comme une super star faisant ce que bon lui semble.

À la fin de l’année 2021, une vidéo montrant Yonyon au pénitencier national tournait en boucle sur les réseaux sociaux.

Paré de bijoux, le caïd portait des habits de marque et dansait dans une ambiance de fête marquée par la musique et des jacassements de quelques flatteurs en pleine prison.

Le doccument baptisé: règlements internes des établissements pénitenciers, garantit certains Droits aux prisonniers, rappelle la responsable de programme du Réseau National de Défense des Droits Humains, Marie Rosie Auguste.

L’article 25 de ce docoument, octroie au prisonnier, même le Droit de se marier à l’intérieur de la prison.

L’organisation des Nations-Unies aussi, dans son document dénomé règle minima ou règle Nelson Mandela, enjoint les pays membres à garantir les Droits des prisonniers, souligne l’avocat Camille Occius.

Cependant, ces documents visant à garantir les Droits fondammentaux  des prisoniers ne justifient en aucun cas l’acte de Yonyon perçu comme un message pouvant inciter des jeunes, attiré par l’argent facile, à rejoindre les gangs, rappelle Marie Rosie Auguste.

Selon la militante des Droits Humains, si dans sa gestion et pour mieux garantir la vie en communauté dans la prison, le responsable avait jugé nécessaire de marquer les anniversaires, il devait le faire pour tous les prisonniers et avec un même budget pour chaque fête.

Pourtant, hormis Yonyon, aucun prisonnier n’a eu ce privillège au cours de l’année 2021.

Au contraire, dans une correspondance adressée au directeur de l’administration pénitencière Pierre René François, le 14 avril 2022, le RNDDH avait dénoncé les mauvaises conditions de détention des prisoniers à la prison civile de la Croix-des-Bouquets.

Dans sa lettre le RNDDH note que les detenus sont gardés toute la journée dans leur cellule, n’ont pas accès aux douches en violation de l’article 42 des règlements qui reconnait que les prisonniers doivent, quotidiennement passer 6 heures  hors des cellules.

Le RNDDH a aussi mentionné la violation de l’article 27 des règlements, traitant du repas des prisonniers.

Contacté, le directeur du pénitencier national, Victor Julien n’a pas souhaité réagir sur ce dossier de traitement de faveur, rappelant que la presse haïtienne lui a déjà fait trop de torts dans ce dossier.

Cependant, le directeur de l’administration pénitencière, Pierre René François confie que l’extravagance de Yonyon au pénitencier national peut conduire à des sanctions administratives contre ceux ayant favorisé les faits.

Il annonce qu’une enquête est en cours afin de fixer les responsabilités.

Des victimes dans la sociétés

Profitant de tels manquements dans le système carceral haïtien, depuis sa cellule, Yonyon, comme cerveau du gang 400 mawozo parvient à faire semer la terreur au niveau de la plaine du cul-de-sac et jusque dans les hauteurs de Pétion-Ville grâce à ses alliés.

Le 11 avril 2021, un groupe de 10 religieux catholique a été enlevé à Ganthier et séquestré par les 400 mawozo que dirige Yonyon.

Ils ont été libérés au compte-goutte et les 6 derniers otages ont éte remis en liberté le 30 avril 2021. Aucune information n’est communiquée jusqu’à dâte sur les conditions de ces libérations.

Le 16 octobre 2021, un groupe de 17 missionnaires ( 16 américains et 1 canadien), a été enlevé par le gang de Yonyon.

Ces otages, etaient devenus objet de chantage pour le gang qui, à travers son chef par intérim lanmò  san jou, conditionnait la mise en liberté de ses victimes à la libération de son chef, Yonyon.