IMG 20260825 WA0063

Carrefour-Feuilles : après une opération policière, des menaces inscrites sur les murs refont surface !

Une récente opération de la Police nationale d’Haïti (PNH) à Carrefour-Feuilles a permis aux forces de l’ordre de reprendre temporairement le contrôle de certaines zones jusque-là occupées par des groupes armés. Cette intervention a également permis à quelques journalistes d’accéder à des secteurs devenus difficiles, voire impossibles à atteindre, et de constater l’ampleur des destructions causées par plusieurs mois de violences.
Mais au milieu des maisons abandonnées, pillées ou incendiées, des inscriptions sur les murs attirent particulièrement l’attention. Dans le secteur de l’impasse Eddy, des graffitis contenant des menaces ont été retrouvés sur une maison ayant appartenu à une famille contrainte de quitter le quartier en août 2023.

Selon des témoignages recueillis auprès de riverains, la maison aurait ensuite été pillée avant d’être incendiée en septembre de la même année. Pourtant, malgré le départ des occupants depuis près de trois ans, leurs noms apparaissent aujourd’hui sur les murs du bâtiment.
Parmi les noms inscrits figurent notamment ceux de Jean-Francois et Raphael, on a pu identifiés, selon une enquête menée par la rédaction auprès d’habitants du quartier, deux visages qui pourraient etre visés comme étant Raphael Mackenson et Karl Eudor Jean Francois.

Des menaces qui dépassent les murs d’une maison

La présence de ces inscriptions soulève une interrogation préoccupante : comment des personnes ayant quitté leur quartier depuis plusieurs années peuvent-elles continuer à être explicitement désignées dans des menaces laissées sur les lieux mêmes qu’elles ont été contraintes d’abandonner ?

Raphael Mackenson était notamment connu comme militant politique affilié à Pitit Dessalines, secrétaire du conseil d’administration de la coopérative de crédit Saint-Gérard (Caisse Popullaire de Saint-Gerard) et membre des associations communautaires AJPIE et CIGEP.

Karl Eudor Jean-Francois, de son côté, était membre du comité de vigilance du quartier, une structure regroupant des civils et des policiers locaux engagés dans la défense du secteur.

D’après des témoignages recueillis par la rédaction, certains policiers auraient par la suite rejoint des groupes armés et auraient transmis des informations concernant les membres du comité de défense du quartier. Cette situation aurait exposé plusieurs membres à des représailles, contraignant leurs familles à fuir la zone.

Pour les familles déplacées de Carrefour-Feuilles, la perte d’un domicile représente bien plus que la disparition d’un toit. Elle signifie également la rupture avec un quartier, des voisins, des habitudes et parfois plusieurs années de vie communautaire.
Pour la famille Jean-Francois et Raphael Mackenson, la découverte de ces graffitis constitue ainsi un rappel brutal d’une violence qui ne semble pas avoir totalement disparu avec leur départ.

Un quartier profondément marqué par les destructions

L’opération policière récente a permis aux forces de sécurité de reprendre temporairement du terrain aux groupes armés. Des véhicules blindés ont été déployés et plusieurs positions auraient été libérées, permettant notamment aux journalistes de pénétrer dans des zones jusque-là sous le contrôle des gangs. Les images rapportées de ces secteurs témoignent d’une situation particulièrement préoccupante : maisons abandonnées, bâtiments endommagés, habitations pillées et traces d’incendies témoignent de l’ampleur des violences qui ont frappé Carrefour-Feuilles.

Mais cette reprise de contrôle reste fragile. L’expérience des dernières années montre que les forces de l’ordre peuvent repousser les groupes armés sans parvenir, dans la durée, à empêcher leur retour lorsque le dispositif sécuritaire est réduit.

Pour les anciens habitants, cette instabilité constitue un obstacle majeur à un éventuel retour. Revenir dans un quartier où leur maison a été détruite et où leurs noms apparaissent encore sur des murs porteurs de menaces demeure une perspective particulièrement incertaine.

À Carrefour-Feuilles, les ruines des maisons racontent donc une partie de l’histoire de la violence. Les graffitis, eux, semblent rappeler que, pour certaines familles déplacées, les conséquences de cette violence continuent de les poursuivre bien au-delà des frontières de leur ancien quartier.

Michelet Adrien