Plaine du cul-de-sac: Entre l’envie de revenir et la peur d’être envahi à nouveau

Plaine du cul-de-sac: Entre l’envie de revenir et la peur d’être envahi à nouveau

Les forces de l’ordre parviennent à repousser les 400 mawozo. Cependant, les habitants sont encore hantés par la peur.

Environ une quinzaine de jours après les premières frappes entre les hommes armés du 400 mawozo et de chen mechan, la Police nationale, aidée par les Forces Armées d’Haïti parvient à renverser la situation dans certaines zones comme: Shada, Croix-des-Missions, Butte Boyer, Duval et Santo selon les témoignages d’un habitant de Duval 24 qui s’est confié à Radio graphie.

Selon cet habitant, jusque dans l’après-midi de ce dimanche 8 mai 2022, les forces de l’ordre menaient des opérations au niveau de “ Nan Remy”, dans les parages du lycée de la Croix-des-Bouquets pour déloger des bandits.

Ce dévot qui rentrait à peine de l’église, confie que sa zone n’a pas été théatre de combats entre gangs mais a subi les conséquences par le fait que les habitants ne pouvaient pas laisser la communauté sans traverser une zone où les bandits faisaient parler la poudre.

Situation bien différente pour Fontus Evens ( Noms d’emprunt), un habitant de Santo 2 qui s’était déjà confié à Radio graphie dans un précédent article.

Dans sa zone de Santo 2 prolongé, le bilan du passage des hommes du 400 mawozo est lourd et il se souvient encore: “ Seulement pour la journée du lundi 2 mai 2022, ils ont tué 16 personnes majeures et 1 bébé dans la communauté. Ils ont incedié 51 résidences et 34 véhicules. Le mardi 3 mai, ils reviennent pour piller toutes les boutiques de la zone”, dévoile Fontus Evens.

Ayant vécu toutes ces atrocités, l’homme dit, n’être pas suffisamment rassuré pour faire retourner sa famille dans la zone malgré le calme apparent qui y règne auctuellement. “ Les résidents qui abandonnaient la zone commencent à revenir pour voir si leurs maisons n’ont pas été incendiées, faire le ménage, discuter avec des voisins et repartir avant la nuit tombée”, explique l’homme.

Contrairement à la situation de Fontus Evens, à  Clercine 2, non loin de l’anciene zone de combat de Butte Boyer, Michel Baptiste rejoint peu à peu une tranquilité d’esprit. L’homme qui a été contraint de passer toutes ses journées dans les rues et de monter la garde le soir, par peur d’une invasion de sa zone par les 400 mawozo, témoigne aujourd’hui avoir trouvé une certaine quiétude puisque ses hommes armés sont repoussés loin de son quartier.

Même sa nièce, qui a abandonné la la maison pour se refugier chez une amie à Maïs-Gaté, après avoir découvert une balle perdue sur sa gallerie la semaine dernière, revient chez elle, confie Michel Baptiste.

Pour cet homme, la reprise des activités dans la station de camionettes à côté de la base de la Brigade d’Intervention Motorisée (BIM), est une garantie que la vie recommence  au niveau de la plaine du cul-de-sac.

Tout comme Michel Baptiste, Gaëlle Aimable( Noms d’mprunt), parle d’une situation plus au moins acceptable à Marin 36, sa zone de résidence.

“ Pour la première fois depuis le début des hostilités, vendredi et samedi dernier, j’ai pu dormir chez moi. Cependant, j’ai pu constater que la majorité des gens qui ont quitté la zone ne sont pas encore revenus”, confie la jeune fille.

Pour Gaëlle Aimable, ces quelques jours sans le crépitement des armes, redonnent espoir aux habitants de la plaine du cul-de-sac qui étaient obligés d’abandonner leurs maisons afin de céder du terrain aux belligérants.

Cependant, la menace d’une éventuelle reprise des hostillités plane encore sur les communes de Tabarre et de Croix-des-Bouquets.

Sur les réseaux sociaux, un individu se présentant comme membre du gang 400 mawozo, enjoint les résidents à ne pas revenir dans leurs quartiers puisque sa bande qui a dû battre en retrait, envisage une deuxieme invasion dans les zones qui, autrefois, ont été le fief du gang chen mechan.

Les habitants estiment que de telles menaces ne sont pas gratuites et appellent les forces de l’ordre à ne pas lâcher prise en ce qui a trait à leur présence dans la plaine du cul-de-sac.

15 jours après le déclenchement de la guerre, le Premier ministre Ariel Henry ne s’est toujours pas prononcé sur la situation.

Cependant, par un double tweet ce dimanche, le chef du gouvernement trouve nécessaire d’exprimer « sa solidarité et sa compassion » au peuple cubain après une explosion produite la veille sur l’île, sans peur d’être vu par ses compatriotes comme un médecin souffrant de la presbytie.