Vivre au rythme des cartouches à la Croix- des-Bouquets

Vivre au rythme des cartouches à la Croix- des-Bouquets

Depuis le dimanche 24 avril dernier, les bandits faisant partie du gang dénommé “ 400 mawozo” et leurs riveaux de “ chen mechan” rythment le quotidien des habitants de certains quartiers de la plaine du cul-de-sac aux sons des cartouches.

Pour cause, selon des riverains, les hommes du “400 mawozo” veulent étendre leurs tentacules sur la zone de la Croix-des-Missions afin de pouvoir contrôler certaines entreprises floraissantes du secteur.

En effet, au mois de septembre 2021, le groupe “ chen mechan” avait chassé le nommé “ Pè Lebrun”, allié des “400 mawozo” qui, étant de Butte Boyer, dirigeait toute une partie de la Croix-des-Missions.

Aujourd’hui, les “400 mawozo” se battent pour replacer “Pè Lebrun” dans la zone.

Buttant sur des hommes de “chen mechan” dans la zone, c’est la guerre.

Pris en sandwich dans cette guerre surprise, Fontus Evens ( noms d’emprunt), qui vit à Santo 2, décrit sa situation comme un chaos total.

“ Depuis dimanche nous connaissons l’enfer. Pas d’écoles, pas de marchés publics, pas de transports en commun, pas d’églises. Toutes les routes sont barricadées et aucune activité n’est possible sinon rester chez soi à manger sa réserve sous les bruits des balles”.

Dans cette zone les 3 banques commerciales se situant respectivement a Shada et à Croix des-Missions ont gardé leurs portes fermées selon Fontus Evens.

La situation est aussi compliquée pour Michel Baptiste qui vit depuis 2002 à Clercine 2. Pour avoir habité dans une zone limitrophe de Butte Broyer, ancien fief de “Pè Lebrun”, l’allié des “400 mawozo” Michel Baptiste a été surpris de retrouver des balles perdues sur la gallerie meme de son domicile le dimanche 24 avril 2022 quelques heures apres les premiers heurts.

Depuis lors, la panique envahit la maison, explique Michel Baptiste. Par instinct de survie, du jour au lendemain, la maison de Michel Baptiste se vide de ses occupants.

“ Ma niece qui vivait à l’étage a vu les balles et a tout bonnement déménagé rejoignant un ami dans la zone de Gerald Bataille à Maïs Gaté. Moi, je suis obligé d’abandonner la maison le jour profitant de l’absence des enfants qui sont à l’école et de revenir la nuit tombée pour coucher les enfants et monter la garde afin de pouvoir quitter la zone au moindre assaut des envahisseurs”, lance Michel Baptiste.

La stratégie de Michel a déjà fonctionné à Butte Broyer. Dans les premiers moments de la guerre, des citoyens de cette zone ont choisi d’abandonner leurs maisons pour se refugier dans des campements sur des places publiques.

Pourtant ces habitants vivaient à quelques metres de la base du corps d’intervention motorisé (CBIM) qui, en pareilles circonstances, devait protéger la zone.

Selon une source proche de cette unité, meme si les membres de ce corps sont préparés à affronter pareilles situations, ils font face aujourd’hui à deux problemes majeurs à savoir un manque de matériels et une question de positionnement.

En effet, cette base se trouve coincée entre une place publique bondée de petits détaillants, un bidonville et une station de camionnette.

Selon Fontus Evens, un véhicule blindé de la PNH est remarqué sur certains grands axes de la plaine du cul-de-sac. Cependant, selon son constat, les policiers ne parviennent pas à sortir d’engin pour débusquer les bandits.

Cette situation impose la peur jusque dans la zone de Cannaan.

Là-bas, il n’y pas de guerre mais on entend les crépitements des armes, souligne Andréa Cherilus ( noms d’emprunt), qui ne parvient pas à se rendre au travail ce mardi.

Pour cause, des individis de la zone de Fuji, ont décidé d’ériger des barricades sur la route 9. Ainsi, coupent-ils la communication entre Port-au-Prince et le nord du pays par la seule voie qui n’est pas contrôlée par les membres de “400 mawozo”.

Samuel Celiné
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