La Police Nationale d’Haïti : la grande absente des grands rendez-vous
Over 1450 cadets amongst them 186 women of the 26th promotion of Haitian National Police graduated today, Tuesday May 10, 2016.Photo: Igor Rugwiza - UN/MINUSTAH

La Police Nationale d’Haïti : la grande absente des grands rendez-vous

« Protéger et servir », c’est la devise de la police nationale d’Haïti.

Dans sa charte fondamentale, il lui est assigné  l’impérieuse nécessité de combattre l’insécurité sous toutes ses formes sur le territoire national, étant donné qu’elle est la seule force armée sur le terrain à coté d’un embryon de l’armée d’Haïti qu’on tente de reconstituer.

Fort souvent, la PNH peine à répondre convenablement à sa mission, lorsqu’elle est appelée à intervenir en matière de lutte contre l’insécurité et le grand banditisme qui sévissent dans le pays.

Un ensemble d’événements malheureux ayant marqué l’histoire du pays sur le plan sécuritaire, au cours des vingt dernières années,  peuvent étayer cette thèse:

Au beau  milieu de l’année de 2004, Haïti faisait face à une flambée de violence, de crimes de toutes sortes,  occasionnés particulièrement  par des  attaques en  série  contre des commissariats dans les villes de province, par le  groupe armé dirigé par Guy Philippe à l’époque.

Ces hommes appelés à tort  ou à  raison insurgés, par leurs actions, prétextaient combattre les velléités dictatoriales du président de l’époque, Jean Bertrand  Aristide.

Certains pourraient  attribuer les actions   de ces derniers à une lutte politique, mais il n’en demeure pas moins que les policiers qui étaient cantonnés dans les commissariats et les sous-commissariats du pays, n’avaient opposé   aucune résistance  aux  attaques des soi-disant rebelles.

Au contraire, la plupart  d’entre eux  ont abandonné les commissariats à la simple rumeur d’un éventuel assaut  des rebelles.

Fait étonnant : dans leur fuite, les policiers laissaient armes et munitions  qui étaient à leur disposition au profit  des  ennemis.

Avec de telles lâchetés, les hommes de Guy Philippe ont eu gain de cause et Jean Bertrand Aristide a dû partir.

Après  l’exil de Jean Bertrand Artistide, il a fallu l’avènement  de la mission des Nations unis pour  la stabilisation d’Haïti pour qu’ une  lueur  d’espoir de sécurité pointe à l’horizon.

Nonobstant, certains cas isolés rapportés  par la presse   en 2006 sous la présidence de Réné Preval, le pays  était stable sur le plan sécuritaire et la  population pouvait jusque-là vaquer  sans crainte à ses  activités  coutumières.

Ce répit   dont bénéficiait  également l’administration de Michel Martelly allait s’effriter au cours de la deuxième année de gouvernance de l’ancien président Jovenel Moïse, qui faisait face à de grands mouvements de protestation, pour enfin s’évaporer  pendant les événements de pays «Lock».

L’insécurité et le grand banditisme ont atteints en ce moment leur paroxisme donnant lieu  à une multiplication des zones de non droits dont martissant, Grand Ravine, Ti Bois, Delmas 6 , Croix-des- bouquets, Lassaline entre autres, dirigés par des puissants chef de gangs.

La première grande réaction de la PNH face à la montée en puissance des gangs armés, fut l’opération du 12 mars 2021 au Village de Dieu. L’objectif principal  était de déloger les gangs et faciliter  la reprise de la circulation dans la  zone.

Ainsi, des policiers faisant partie des unités  d’élite de l’institution policière dont la Swatt Team, L’UDMO, La BOID ,  avaient été mobilisés dans le cadre de cette opération.

Fiasco. Des cas de trahison au niveau du commandement et de la base de la PNH ont conduit les policiers engagés sur le terrain à la boucherie. Pour célébrer leur victoire, les bandits, en confiance n’ont pas hésité à exposer les corps des policiers  tués   lors de cette attaque, comme s’ils voulaient faire peur à la PNH mais aussi à la société qui ne comptait que sur la police pour venir à bout de l’insécurité.

Pour une nouvelle fois, le manque de capacités décisionnelles et opérationnelles  de la police  Nationale a été mise à nu.

Aucune opération policière n’est depuis menée ni pour récupérer les cadavres des policiers tombés sur le champ  de bataille et encore moins  pour déloger les bandits qui font la pluie et le beau temps dans la zone,  paralysant la circulation au niveau du grand sud du pays comptant pas moins de 5  départements.

L’assassinat de l’ancien président  Jovenel Moïse, censé être la personnalité la plus protégée de la république,  le 7 juillet 2021 dans sa résidence privée n’a fait que renforcer cette perception.

Qui pis est: les policiers qui sécurisent la résidence privée du président de la république n’avaient fait aucune réaction face aux assassins du président.

Ces derniers qui  n’étaient pas plus qu’une vingtaine ont eu l’aisance de désarmer  les policiers, les ligoter puis emportés des armes qui étaient à leur  disposition.

Ces grands échecs qui jalonnent la courte histoire de la PNH, amènent à questionner la  formation des policiers haïtiens qui selon des  experts en sécurité ne répond pas à l’exigence du terrain.

Certains pensent que la durée de la formation  des policiers  ainsi que la qualité et leur état psychologique pourraient être à la base de l’incapacité de l’institution policière à répondre à sa mission dans la société.