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Les manœuvres et les griffes : Un livre décrivant les coulisses d’un Parlement truffé de combines et de pièges

Après des années passées comme journaliste accrédité au Parlement pour le compte du journal Le Nouvelliste, Juno Jean Baptiste revient sur son expérience aux côtés des « Honorables » députés et sénateurs de la République. Combines, pièges, marchandages, coups-bas, le Parlement décrit par Juno Jean Baptiste dans son livre est cette institution tant décriée qu’on se questionne déjà sur l’utilité des élus.
Dans son livre Juno Jean Baptiste expose le problème et tente de susciter les débats sur le comment faire pour que le Parlement haïtien cesse d’être un repaire de bandits et une cachette pour des trafiquants de tout acabit qui n’ont rien à voir avec la République.
Pour mieux vous aider à comprendre l’importance de ce livre pour l’avenir du Parlement haïtien, Radio graphie a, dans une interview, donné la parole au journaliste et auteur Juno Jean Baptiste.

Rg- En tant que journaliste ayant été accrédité au Parlement haïtien, qu’est ce qui vous motive à écrire un livre sur cet espace ?

Tout d’abord, je dois dire une chose. J’aime passionnément le Parlement haïtien comme institution démocratique. Notre pays qui a fait sienne la démocratie représentative ne peut nullement s’en passer. Mais quel Parlement pour quelle République ? Et c’est là tout l’enjeu de mon livre. Être accrédité au Parlement, haut lieu de pouvoir et d’influence, d’affluence également avec avec toutes ces hordes de militants, de chasseurs d’espoir qui y défilent presque tous les jours, vous ouvre naturellement un boulevard de connexions et d’interpénétrations. Vous le savez aussi mieux que moi Samuel Céliné pour y avoir été, vous aussi, accrédité. Donc, un journaliste accrédité est témoin des blocages, des impasses politiques entretenues, des ambitions individuelles mercantiles et autres délitements qui condamnent notre pays à ses vieux démons. En Haïti, les mêmes visages qui, hier, ont conduit ou contribué aux désastres, peuvent facilement réapparaître sous sous d’autres formes, comme si de rien n’était. C’est un douloureux cycle avec ses multiples conséquences dans la vie politique de notre pays. Voilà pourquoi il nous faut écrire et raconter les échecs, les décadences infâmes, les pratiques de corruptions et autres scandales retentissants. Si on ne le fait pas, soit par des livres ou des documentaires, ils s’effaceront très tôt de la mémoire collective. Pire encore, ils risquent, sur le temps long, d’être remplacés par des approximations, des légendes et autres inventions farfelues. L’histoire, comme la nature, ayant toujours l’horreur du vide.

Rg- Ce livre parle de quoi exactement ? De vos bonnes expériences à côté des élus du peuple ou des mauvaises ?

Dans la vie en général, je crois qu’il il n’y a pas de mauvaises expériences. Ce qu’on appelle «mauvaise expérience» peut être le pont qui mène à d’incroyables leçons de vie, des apprentissages extraordinaires, peut ouvrir une fenêtre sur des faiblesses à combattre ou à compenser, des imperfections et autres déficiences à corriger pour amorcer un nouveau départ ou mieux saisir les opportunités nouvelles qui surgissent même dans les environnements les plus délétères. Ce qu’on appelle «mauvaise expérience» peut vous rendre meilleur. Et c’est le cas dans tous les domaines de la vie, de l’ébénisterie aux métiers les plus répandus. Mon expérience au Parlement est l’une des plus belles choses qui puissent arriver à ma carrière de journaliste. Mon livre n’est nullement un aboutissement. C’est le début de quelque chose qui est plus grand que moi, qui me dépasse en quelque sorte. Ce livre parle de NOUS, d’HAÏTI, des ces parlementaires que nous n’avions pas voté lors des législatives contestées de 2015, de PetroCaribe, des militants politiques, des pseudos journalistes, de chocs, d’illusions entretenues, d’échecs démocratiques, de faillites politiques, d’allusions intelligentes et subtiles dans un pays où la loi de l’omerta a encore pignon sur rue, de déraison politique, de partage de responsabilité qui n’est ni plus ni moins qu’une invention des parlementaires et de nouveaux sentier à creuser. Ce livre est un mine du «parler vrai ».

Rg- Vous avez défrichez quel champ au niveau du Parlement ? L’administration, le personnel ou les parlementaires ?

Vous connaissez ce mot «fourre-tout». C’est le plus beau mot de l’alphabet. J’ai toujours développé un rapport très intime avec ce mot. J’étais en 7e année fondamentale du lycée Geffrard des Gonaïves en 2003. Enfant d’Ennery, une commune reculée de l’Haïti rurale, j’étais heureux de débarquer aux Gonaïves dans une école publique de la cité de l’indépendance, de pouvoir me tourner vers d’autres horizons. Au lycée, il y a eu une bibliothèque qui était si petite en contenus que l’on pourrait éprouver une certaine honte à l’appeler bibliothèque. J’y étais presque tous les jours, à chaque récréation. Premier contact avec des livres, avec la lecture. Je lisais un peu de tout sans trop comprendre. En 2003, je notais presque tous les mots dont je ne connaissais le sens, la définition. «Fourre-tout» a été l’un de ces premiers mots. J’ai vite adoré ce mot et j’ai passé tout l’été 2004 à le répéter en vrac, à tout-va. Je l’ai trouvé «beau», «global», «général», «libre». Alors, mon livre est en quelque sorte un fourre-tout organisé, ordonné, un fourre-tout sans équivoque où l’on découvrira à coup sûr pourquoi tant de nuages s’amoncellent dans le ciel de l’expérience démocratique haïtienne, pourquoi il y a ce sureffectif d’employés au Parlement, pourquoi les militants politiques sont si présents et bruyants dans l’espace public, pourquoi les parlementaires font montre d’une déconnexion totale du réel et, enfin, pourquoi il nous faut un nouveau Parlement, avec de nouvelles têtes, libéré de l’emprise des intérêts particuliers et autres forces d’argent.

Rg- Le Parlement haïtien est souvent perçu comme un repaire de gens ayant un passé, un présent et un avenir sulfureux, vous soutenez quelle thèse dans cet ouvrage ?

Mon travail se veut une sorte de miroir de tout ce se se fait et se trame au Parlement. Vous savez une chose, le journalisme est un métier incroyable. Il vous offre un champ illimité de possibilités. Vous pouvez dire beaucoup en peu de choses, c’est-à-dire en un petit rappel ou en une petite description. Par exemple, je pouvais ne pas avoir besoin de dire que la 50e législature et la dernière cuvée de sénateurs ont contribué à la crise totale qui mine le pays de nos jours. J’ai raconté ce que j’ai vu, entendu, compris, découvert, et je l’expose avec courage et lucidité au public, aux innombrables lecteurs. Un travail simple apparemment mais qui est pourtant d’une rare complexité. Parce que dans cette aventure-là, des têtes sont coupés, d’autres sont blessées, des impostures et populismes se laissent voir, des perspectives nouvelles sont dégagées. Cela se lit naturellement. Mais ce n’est pas moi qui le dis. C’est ma description de la réalité, des faits, puisque nous, journalistes, nous avions et devrions constamment avoir comme boussole la vérité et rien que la vérité.

Rg- Quel impact comptez-vous faire sur la société avec ce livre, puisqu’en Haïti, on ne cesse de se questionner sur l’utilité du Parlement ?

Que les gens comprennent. Qu’ils n’oublient pas. Et que s’installe désormais la permanence du nécessaire combat contre l’amnésie collective ambiante dans l’espace public. Nourrir l’histoire immédiate de notre pays pour mieux comprendre les malheurs d’Haïti et cesser de répéter, comme des imbéciles, les mêmes pratiques et les mêmes erreurs qui nous conduisent sans cesse, depuis des décennies, vers plus d’immobilisme. Pouvoir instituer de nouvelles façons de faire la politique dans notre pays. Faire en sorte que la politique soit au service du bien commun, de la collectivité, et non un micro espace d’enrichissement accru de quelques flibustiers ou de politicards bienheureux.

Rg- Un citoyen haïtien, soucieux de son pays, aurait-il envie de faire partie du Parlement que vous décrivez dans votre livre, après l’avoir lu?

Si le Parlement, de génération en génération, a toujours dérouté dans sa mission, c’est parce que bon nombre d’esprits clairvoyants et visionnaires se tiennent à l’écart de la politique. Alors bien sûr que oui un citoyen soucieux de son pays aimerait intégrer le Parlement que je décris à condition qu’il aspire réellement à aider à changer les choses en bien et couper court aux vieilles pratiques politiques arriérées et contre-productives. Par contre, je soutiens toujours qu’aucun citoyen, aussi bonnes soient ses intentions, ne peut à lui seul transformer un espace aussi politique et complexe (Le Parlement) avec autant d’ambitions personnelles en constante compétition. Voilà pourquoi je parle dans mon livre d’aventure individuelle et d’aventure collective. Un groupe d’hommes et de femmes, avec des idées claires, des convictions chevillées au corps, des projets réels de société, est à même de réussir là où un seul individu, aussi bonnes soient ses ses intentions, risque de se perdre ou de passer du temps à jouir les privilèges que confère la fonction.

Rg- Vous espérez toucher quel public avec un tel ouvrage ?

Protestants et vaudouisants. Catholiques et athées. Jeunes et vieux. Ex parlementaires et aspirants parlementaires. Journalistes et aspirants journalistes. Étudiants. Les autorités étatiques. Les «élites politiques» qui auront bientôt, tôt ou tard, à discuter durant cette transition politique qui ne dit pas son nom et réfléchir autour de la nécessité d’une nouvelle constitution, de la structure du Parlement et beaucoup d’autres choses. Bref, toute la République, puisque ça parle d’Haiti et de son destin à repenser.

Rg- Pourquoi un citoyen haïtien ou d’une autre nationalité, doit-il s’intéresser à votre livre ?

Pour avoir une certaine idée de l’une des plus importantes institutions démocratiques de notre pays et des immobilismes qui handicapent la marche vers l’avant d’Haïti, au-delà des facteurs externes.

Rg- Comment et où trouver cet ouvrage ?

Vente signature, à Oasis Hôtel, le jeudi 12 octobre 2023. À partir de 4h PM. Et après, il sera disponible dans toutes les librairies de la place.

Rg- En tant que journaliste, répondez à une question qu’on ne vous a pas posé.

J’ai mis une partie de moi dans cet ouvrage. Mon âme et mes entrailles. Parce qu’il fallait faire ce livre sur le Parlement. Pour un nouveau Parlement. Pour une nouvelle Haïti. Pour de nouveaux rêves en commun.

Samuel Celiné